LE DANGER DU BOIS ILLEGAL

Le choix d’éviter l’emploi de bois tropicaux dans la fabrication de guitares est motivé par le risque de voir ces essences disparaître ,et d’encourager un trafic sale et illégal.
Le bois est une ressource naturelle fondamentale, offerte par la planète, et confiée à l’homme, qui malheureusement n’en prend pas assez soin …
Ce qui fait la richesse du bois est notamment sa diversité : le nombre d’espèces différentes partout dans le monde.
Or cette richesse est aujourd’hui en danger.

Les bois les plus recherchés pour leurs qualités esthétiques sont malheureusement également les plus rares .
Parmi ces essences, certaines ont traditionnellement été employées pour leurs qualités acoustiques par les luthiers, pour en faire des dos, des éclisses, ou des manches, des touches, des chevalets, etc.
Or la demande de plus en plus importante au niveau mondial a provoqué la surexploitation de ces bois tropicaux, entraînant la raréfaction et même la disparition de certaines de ces essences ( le palissandre de Rio Dalbergia Nigra, ou l’acajou de Cuba Swietenia Mahagoni, n’existent plus …).
Les luthiers actuels ont déjà appris à remplacer ces essences, mais par des alternatives elles aussi tropicales et soumises à terme aux mêmes risques …
La disparition de ces variétés issues des forêts primaires change profondément l’éco-système local, et perturbe l’équilibre ancestral de la faune et la flore.

Cette raréfaction en essences précieuses, et la hausse des prix qui en résulte, ont encouragé le développement du trafic illégal de ces essences.
Ce trafic illégal est devenu en terme de flux financier, le commerce parallèle le plus rentable au monde (bien plus que le trafic de drogues … ).
Il provoque des rivalités et des guerres entre clans influents , dont les populations locales sont les victimes.
De nombreux agriculteurs ont été spoliés de leurs terres par la violence pour faire la place aux énormes chantiers forestiers.
D’innombrables routes sont percées dans la forêt pour rejoindre les lieux de production (parfois un seul arbre localisé au milieu de centaines d’hectares …)
D’énormes saignées sont creusées pour stocker les grumes et ainsi rentabiliser les déplacements.
Ces clairières artificielles ont clairement un impact sur la circulation des vents, l’érosion des sols, le renouvellement naturel de la forêt, …
Ces tonnes de végétation arrachées inutilement sont abandonnées sur place, se décomposent en dégageant du CO2, et participent ainsi au réchauffement climatique.
Toute cette activité réduit la surface de forêt primaire qui est la principale source d’oxygène de la planète …
L’argent généré par ce trafic a donné à certains groupes suffisamment d’influence pour perturber le trafic mondial du bois et ainsi empêcher de pouvoir tracer la provenance ou la nature légale des stocks mis en vente …
La plus grande confusion permet d’inonder le marché avec des grumes d’origine douteuses.

La solution pour empêcher d’encourager ce fléau est simple : il faut à tout prix éviter d’acheter et utiliser des bois tropicaux …
Or, dans certains métiers comme la lutherie , le poids de la tradition, les habitudes visuelles des musiciens (les bois tropicaux sont plus beaux, plus figurés …) ont de tout temps favorisé l’emploi de ce type d’essences …
Aujourd’hui, les alternatives sont possibles, grâce aux travaux, aux expérimentations, et l’expertise scientifique d’un certain nombre de luthiers regroupés au sein du « Projet Leonardo » qui vise justement à fournir aux luthiers les outils nécessaires à la transition vers les bois non-tropicaux.

Je vous invite à consulter leur site www.leonardo-guitar-research.com pour de plus amples informations.
Pour ma part, je serais incapable en temps et en compétence, d’assumer l’énorme part d’expérimentations, d’essais-erreurs, et surtout de rigueur scientifique nécessaires à la découverte d’essences locales, bien connues,mais pour un usage totalement différent …
Je profite donc de la qualité de leur travail, et les en remercie chaleureusement, non seulement dans ma pratique professionnelle, mais aussi dans le choix d’une société plus juste, et plus propre … tournée vers l’avenir.